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Pas de soucis ! 

Les langues vivantes sont en perpétuelle évolution. Selon le côté où l’on se place on peut se réjouir de ce phénomène ; certains n’auront plus à batailler le restant de leur vie avec des fautes récurrentes. Leurs fautes de jadis sont désormais entrées dans le langage courant. Voilà donc le secret des langues vivantes, toujours en évolution. Que cela nous plaise ou non.

Pourtant, malgré les évolutions, je mettrais ma main à couper que notre vocabulaire régresse. Loin de moi l’idée de jouer les puristes mais tout de même. Je me surprends, et surprends les autres autour de moi à n’utiliser que très peu de vocabulaire. En effet, nous utilisons toujours les mêmes mots, ce qui est souvent bien plus simple que d’enrichir nos phrases par l’apport de synonymes bien choisis. Ce serait trop pédant vous comprenez. Ainsi nous répétons souvent les mêmes mots ou les mêmes expressions. C’est le cas de celle qui m’intéresse aujourd’hui : « Pas de soucis ». 

J’imagine déjà votre réaction, sourire aux lèvres : ah tiens, c’est vrai que je l’utilise beaucoup cette expression ! Et c’est justement le problème : nous employons cette expression tellement souvent que nous ne pourrions même plus dire ce que nous disions avant ! Tu parles d’une évolution ! Ça sent plutôt la régression ! Coincés comme nous le sommes, nous parviendrions éventuellement à dire, en cas d’urgence, quelque chose comme « ce n’est pas grave ». Tout en étant tenté d’y ajouter : « ce n’est pas grave… pas de soucis ! ». 

Tout autre chose. La semaine passée je me suis rendu chez mon médecin. Celui-ci me dit tout calmement : « Dès que vous sortez de chez moi prenez votre voiture et allez faire une radio ». Dans ma tête, je m’attendais à ce qu’il me dise : « prenez votre voiture et allez à la pharmacie pour commencer votre traitement le plus rapidement possible ! ». Je l’ai donc interrogé et la réponse fut sans appel : oui, une radio des poumons, je suspecte une pneumonie. Une pneumonie ? Jamais je n’aurais imaginé pareille chose ! Et cela m’a même demandé un peu de temps pour prendre l’information au sérieux. Après tout, c’est ma femme qui tenait à ce que je consulte ! Pour ma part je ne me sentais pas si mal ! J’étais encore debout tout du moins…

De telles expériences, tout comme l’expression mentionnée tout à l’heure, témoignent d’une réalité que nous sommes nombreux à connaître. Cette réalité est la suivante : on pense souvent que le mal n’est pas si grave que cela. Pourtant, bien des choses sont graves et nous en avons parfaitement conscience. C’est le cas des guerres, de la pauvreté dans le monde, des maladies, etc. Pourtant nos oreilles choisissent régulièrement de ne pas entendre ces choses. Nos oreilles souhaitent être caressées par d’autres types d’informations. 

Aussi, il est aisé de constater que la plupart du temps, nous décidons nous-mêmes si telle ou telle chose est importante ou grave. C’était le cas lors de ma visite chez le médecin. La médecine n’est-elle pas le domaine du médecin ? Pourtant, sans le concours de mon épouse, j’avais moi-même décidé que mon état de santé n’était pas si grave que cela. J’avais moi-même réalisé mon diagnostic au bas duquel j’aurais pu noter : pas de (trop gros) soucis ! 

Bien que cela ne convienne pas à tout le monde, je crois savoir qu’il en est de même avec ce virus que la Bible appelle le péché. En réalité, que nous soyons chrétiens ou non chrétiens, nous avons toujours tendance à minimiser le mal. Les non chrétiens disent : ce n’est pas si grave !, tout en ne sachant pas grand-chose sur le péché. Pas si grave… alors qu’on en déteste les conséquences les plus dramatiques. 

Quant aux chrétiens, ils pourraient penser que ce n’est pas si grave de pécher encore : « pas de souci ! Dieu sait que nous sommes vulnérables, et Il nous pardonne ». Ce faisant, ils réduisent la grâce divine à une grâce à « bon marché ». Cf. Romains 6. 

Chrétiens ou non, prenons conscience que l’Homme n’a pas grand pouvoir de décision sur ce qui est bon ou mal. Prenons conscience que le péché et le mal sont peut-être plus graves que ce que nous pensons. Quand Jésus est venu libérer les hommes du péché, jusqu’à en mourir ensanglanté sur une croix après avoir été humilié et fouetté sauvagement, réalisons qu’il y a, peut-être (!), quelque chose à saisir sur la gravité du péché. Quelque chose à saisir sur l’impossibilité pour Dieu de regarder le mal… Oui, dit le prophète : « Tes yeux sont trop purs pour accepter de voir le mal. Et tu ne peux supporter la vue de l’affliction. ». Habakuk 1. 13

Par la résurrection de Jésus, Dieu est vainqueur de ce mal. Mais avant sa disparition totale, il n’en reste pas moins détestable aux yeux de Dieu…

Kévin Commere